Station balnéaire

2022

Activation de l’installation « La Grande chamotte en résilles » en lien avec la station balnéaire de La Grande Motte. Performance relatant une visite guidée fantasmée et amplifiée de l’architecture de LGM.

Exposition collective « Trois p’tits tours et puis s’en vont »,
CRAC le 19, Montbéliard.

Commissariat d’exposition Anne Giffon-Selle.

LES CHANSONS DE GESTE DE CECILE MEYNIER

Les premiers travaux de Cécile Meynier considéraient déjà la peinture (abstraite) comme constitutive d’un espace, d’un environnement (et non comme un simple tableau). L’artiste a tout d’abord pris possession de l’espace en trois dimensions en la spatialisant, en la déployant comme toile de fond, cimaise, paravent, tapis de sol, etc., à laquelle elle a ensuite adjoint de multiples étagères, consoles, socles, tables, etc., autant de supports et de signes empruntés au design, au mobilier et à l’architecture.

Bien qu’ils induisent encore le point de vue frontal de la peinture, leur disposition relève moins du pastiche d’un « display » commercial ou de mises en scène destinés à valoriser sculptures ou peintures – parfois absentes – que d’une simulation d’architectures intérieures ou de paysages à diverses échelles, entre maquette et échelle un. Ces jeux de proportions situent en effet les installations tantôt dans le registre du réel (échelle un de l’architecture d’intérieur), tantôt dans un lointain onirique proche des planètes désertées du peintre surréaliste Yves Tanguy (maquette).

L’introduction de la céramique « incarne » ensuite un tournant plus « aventureux » et « fantasque »1 du travail. Au dire même de l’artiste, cette pratique, grâce à la malléabilité de la terre, lui a permis de s’émanciper de la rigueur géométrique qui caractérisait ses premières œuvres2. Les formes flirtent à présent avec le motif décoratif et biomorphique, renouent avec la figure et le paysage. Cette ouverture sur la pratique artisanale inclut également une réutilisation du textile comme champ de couleur dans laquelle elle taille comme d’autres peintres avant elle (Matisse, Shirley Jaffe). Par sa souplesse et ses textures, ce matériau propose également une surface supplémentaire de projection du sensible.

Ses installations les plus récentes esquissent des intérieurs ou des paysages pensés pour accueillir des performances. Avec ces dernières, l’artiste franchit une étape supplémentaire dans son processus d’assimilation du vivant, des corps et du sensible, en développant la portée narrative de ses œuvres. Par le mouvement et le chant, la parole ou le mime, la performance, en effet, « brise le silence de la sculpture »3. Elle permet à l’artiste non seulement de remettre en jeu la gestation quotidienne de l’art mais de réconcilier en une même chanson de geste vie domestique (déjà présente dans la céramique), art et actualités socio-politiques.

ANNE GIFFON-SELLE

1 Hubert Besacier, « La mort du cygne, » in Cécile Meynier, Je suis désolée mais votre correspondant a raccroché sans laisser de message…, Canal Satellite, Migennes, 2019, pp. 39-41.
2 Entretien avec l’artiste, mai 2022.
3 Ibid.